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    Auteur: Roeland De Sonnaville                   Date: 02/07/2026

Demandez à un directeur de production ce qui l’empêche de dormir la nuit, et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE figure rarement en tête de liste. Les coûts de l’énergie, les pénuries de compétences et les effets persistants des perturbations de la chaîne d’approvisionnement dominent la conversation. Et pourtant, à partir de janvier 2026, une réglementation jusqu’ici limitée à une phase de reporting entre dans une phase pleinement financièrement contraignante. Et une proportion significative de fabricants britanniques, en particulier ceux qui achètent des fixations, des systèmes de fixation et d’autres composants industriels, n’a pas encore compris qu’il s’agit aussi de leur problème.

Cet angle mort est sur le point de coûter cher.

L’idée reçue qui compte le plus

L’hypothèse la plus fréquente que je rencontre lorsque je parle avec les clients est que le CBAM est « un sujet fournisseur ». Le raisonnement est le suivant : la réglementation s’applique au point d’importation dans l’UE ; l’importateur paie, le fournisseur absorbe le coût, et l’acheteur continue comme avant.

C’est une hypothèse raisonnable. Elle est également erronée de trois manières importantes.

Premièrement, la réglementation est structurelle. Le CBAM n’est ni une surcharge temporaire ni une taxe carbone ponctuelle. C’est un mécanisme permanent de l’UE conçu pour aligner les coûts carbone des marchandises importées sur ceux des marchandises produites au sein de l’UE, ce que l’on appelle la prévention des fuites de carbone. Depuis qu’il est devenu exigible le 1er janvier 2026, le coût s’appliquera chaque année à chaque expédition et sera recalculé chaque année à mesure que les prix des certificats carbone augmenteront et que le pourcentage du CBAM progressera.[Rd1.1]

Deuxièmement, le coût ne peut aller nulle part ailleurs que vers l’acheteur. Les importateurs de l’UE, les « déclarants » selon les règles du CBAM, sont légalement tenus d’acheter et de restituer des certificats CBAM pour couvrir les émissions intrinsèques de leurs marchandises importées. Le prix de référence actuel du certificat est d’environ 87 € par tonne de CO₂, et les projections de la politique de l’UE suggèrent qu’il pourrait atteindre 200 à 300 € par tonne d’ici 2034, à mesure que les quotas gratuits seront progressivement supprimés. Pour les marchandises complexes à forte intensité carbone, comme les fixations, dont la grande majorité des émissions se situe en amont, lors de la fusion et du laminage de l’acier, ce coût est significatif. Il ne peut pas être absorbé indéfiniment par un importateur opérant avec des marges industrielles.

Troisièmement, et c’est la partie que la plupart des acheteurs n’ont pas encore intégrée, la conformité au CBAM exige des investissements dans les systèmes et les processus, ainsi que dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement de l’acheteur, ce qui n’est pas actuellement prévu dans la plupart des dossiers d’achat. Données vérifiées relatives aux émissions intrinsèques. Preuves des prix du carbone déjà payés. Informations provenant d’installations non européennes, susceptibles d’être prêtes ou non à les fournir. Sans cela, les importateurs se rabattent sur les hypothèses d’émissions les plus élevées possibles, et le coût répercuté sur l’acheteur reflète ce calcul du pire scénario.

Pourquoi les fixations se trouvent-elles dans une position délicate ?

Les orientations publiées par le Department for Business and Trade indiquent le fer et l’acier, l’aluminium, le ciment, les engrais et l’hydrogène comme les catégories actuellement relevant du champ d’application. Les fixations ne sont pas nommées explicitement, et c’est là que l’angle mort s’approfondit. Les fixations relèvent de la catégorie fer et acier en vertu de leurs codes de classification, ce qui signifie qu’elles entrent sans ambiguïté dans le champ d’application du CBAM malgré leur absence de la liste principale.

La réalité de la chaîne d’approvisionnement aggrave la situation. Plus de 85 % du volume de fixations consommé dans l’UE et au Royaume-Uni provient de l’extérieur de l’UE, principalement d’Asie. Une proportion significative est encore fabriquée à l’étranger et fournie par des négociants européens. Il n’existe aucun scénario réaliste où la capacité européenne de fabrication de fixations pourrait absorber le volume déplacé si les acheteurs tentaient de passer à un approvisionnement exclusivement européen. L’exposition structurelle est inévitable pour la catégorie dans son ensemble.

Ce n’est pas un problème que les acheteurs peuvent résoudre par leurs achats. C’est un problème qu’ils doivent anticiper.

À quoi ressemble réellement le « leadership » sur ce marché

La tentation, pour tout fournisseur d’une catégorie confrontée à une augmentation structurelle des coûts, est de se préparer à des discussions difficiles et d’élaborer des arguments défensifs. C’est compréhensible, mais cela passe à côté de l’opportunité plus large. Les fournisseurs qui sortiront de la mise en œuvre du CBAM dans la position la plus forte seront ceux qui traiteront cela non pas comme un problème de prix, mais comme un moment de partenariat. L’acheteur qui arrivera au T2 2026 sans comprendre le CBAM, sans données d’émissions issues de sa chaîne d’approvisionnement et sans plan pour la trajectoire des coûts à venir sera dans une position matériellement moins favorable que l’acheteur qui aura été accompagné.

Le leadership pratique dans cette catégorie revêt plusieurs sens. Il signifie mentionner le CBAM de manière proactive dans les discussions commerciales actuelles plutôt que d’attendre que la première facture déclenche la conversation. Il signifie aider les clients à comprendre la différence entre les valeurs d’émissions par défaut et les données fournisseurs vérifiées, et pourquoi ces dernières, lorsqu’elles sont disponibles, peuvent réduire de manière significative leur exposition à long terme à mesure que le cadre réglementaire se met en place. Il signifie reconnaître que l’ensemble de la base de fournisseurs — européens et non européens — doit assumer la responsabilité de réduire son empreinte carbone, et qu’en tant que distributeur, nous sommes particulièrement bien placés pour mener cette conversation. Le CBAM nous offre un levier : nous pouvons l’utiliser pour réduire les émissions de carbone au fil du temps et façonner notre chaîne d’approvisionnement autour de partenaires capables et disposés à investir dans les mesures nécessaires. Ce n’est pas seulement de la conformité — c’est une opportunité de construire un écosystème de fournisseurs réellement plus durable et d’offrir aux clients une voie vers une exposition à long terme plus faible, plutôt que de simplement répercuter un coût inévitable.

La fenêtre est plus étroite qu’il n’y paraît 

L’image officielle de la conformité crée un faux sentiment de calendrier. Les déclarations annuelles pour les marchandises importées en 2026 ne sont dues qu’en mai 2027, ce qui peut donner l’impression d’un délai confortable. Ce n’est pas le cas. La collecte de données d’émissions vérifiées prend du temps. Les vérificateurs accrédités sont encore en train de développer leurs capacités. Les négociations tarifaires en cours aujourd’hui doivent déjà refléter la réalité de 2026, car les contrats signés maintenant seront en vigueur lorsque le CBAM commencera à produire ses effets. 

Le CBAM ne va pas disparaître. Les acheteurs qui le traitent comme un défi stratégique plutôt que comme une contrariété d’achat sortiront de 2026 plus forts que ceux qui ne le font pas.

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